Sciences et société : SHS disciplines de cœur, disciplines de service ; Faouzia KALALI, CIRNEF

Body: 
Jamais auparavant, les recherches en SHS n’ont été imbriquées, influencées et soumises aussi fortement aux évolutions, parfois rapides, qui touchent aujourd’hui les sciences et la société. Ce sont autant de défis que soulèvent ces relations entre sciences et société, notamment entre recherches en SHS, science studies, et politiques scientifiques. Les transformations qui touchent les pratiques scientifiques et techniques (objets et thématiques, instrumentations, interfaces, frontières, structures fédératrices, réseaux…) (Leresche et al., 2006), impactent également la société et les individus (Boltanski et Chiapello, 1999), et réaffirment le rôle centrale des SHS.

La caractérisation actuelle, au plus haut niveau de décision (politique de recherche), de « science dans la société » (Sterling, 2006) émerge du contexte de la techno-science et du monde industriel qui lui est lié. Ce contexte atteste de l’étendue des problèmes soulevés qui intègrent la question des choix que la société désire. On peut citer par exemple les problèmes que soulèvent les technologies de l’énergie nucléaire, de l’écologie, de la santé. Ces problèmes qui sont définis de l’extérieur, en situation de risque, ont des limites qui excèdent l’approche expérimentalement contrôlée. En partant des récents développements en science studies, qui marquent le passage entre le mode 1 d’une « science pure » qui vit de façon autonome assez loin des exigences de la vie sociale vers le mode 2 « souvent imbriqué aux demandes de régulation sociales et opère en situation d’incertitude et d’urgence » (Gibbons, Limoges, Nowotny, Schwartzman, Scott et Trow, 1994 ; Nowotny, Scott et Gibbons, 2001), Pestre (2003) développe l’idée forte d’un nouveau régime de production de savoir, un régime techno-scientifique dont le lien au politique, via l’expertise et la contestation sociale, s’en trouve démultiplié. Parce que le traitement des questions socio-techniques implique un débat démocratique qui excède les seuls rôles des experts et des scientifiques, les recherches en SHS ont toute leur légitimité.

En amont des agendas technologiques et scientifiques, les SHS peuvent être pensées en tant que disciplines de cœur pour apporter une réflexion épistémologique en adéquation avec le nouveau régime de production des savoirs. Les SHS peuvent ici œuvrer pour la socialité des sciences en menant une réflexion qui réintroduit les options, projets et enjeux qui sont à la source des savoirs et de leur légitimation. En aval de ces agendas, les SHS peuvent avoir un rôle contributif en tant que disciplines de service. L’exigence démocratique permet d’œuvrer pour construire un futur commun aux échelles de la planète et de l’humanité avec des analyses en temps réel qui peuvent se mener en lien avec la dimension politique pour déboucher sur des propositions d’actions. Pour mener à bien ces deux missions, les recherches en SHS doivent être pensées comme des institutions participatives pour élucider, aider à la décision et mettre en place des actions responsables. Nous discuterons la nature participative de ces recherches avec un éclairage au niveau d’un: v modèle éducatif critique des techno-sciences ; v partage responsable d’une critique politique, un positionnement épistémologique conscient, maintien de légitimité et identité disciplinaire avec prise en compte d’enjeux autres que disciplinaires ; v travail collectif vers l’interdisciplinarité.

Références
- BOLTANSKI Luc et CHIAPELLO Eve, 1999, Le nouvel esprit du capitalisme, Paris, Gallimard.
-GIBBONS Michael, LIMOGES Camille, NOWOTNY Helga, SCHWARTZMAN Simon, SCOTT Peter et TROW Martin, 1994, The new production of knowledge. The dynamics of science and research in contemporary societies, London, Sage.
-KALALI, Faouzia, sous presse, Perspectives curriculaires en éducation scientifique, Presses unievrsitaires de Rennes, col. Paideia.
-LERESCHE Jean Philippe, BENNINGHOFF Martin, CRETTAZ VON ROTEN Fabienne et MERZ Martina, 2006, La fabrique des sciences : des institutions aux pratiques, Lausanne, Presses Polyethniques et universitaires Romandes.
-NOWOTNY Helga, SCOTT Peter et GIBBONS Michael, 2001, Re-thinking science : knowledge and the public in an age of uncertainty, London, Policy Press & Blackwell.
-PESTRE Dominique, 2003, Science, argent et politique. Un essai d’interprétation Paris, INRA Editions.
-STERLING Andy, 2006, From science and society to science in society : towards a framework for “co-operative Research”, Rapport à la commission Européenne, DG RTD, 24-25 novembre 2005, Bruxelles.

MOTS CLES : technoscience; recherche participative; nouveau régime de production des savoirs