SHS et STEMs : La distance épistémique et le rapprochement par le pouvoir ; Michalis LIANOS & Félix TURMEL, DySoLab

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En dépit de plusieurs tentatives depuis des décennies, le rapprochement entre les sciences « dures » et les sciences « molles » n’avance pas (Royston & Foulds 2021 ; Felt 2014 ; Levidow 2014). Contrairement à la sagesse conventionnelle en SHS, cela est aussi dû au refus de considérer les STEMs comme source fiable de savoir autour du comportement collectif humain (Busino 1992). Inversement, la sagesse conventionnelle en STEMs réduit les SHS à un amas d’opinions plus ou moins démunies d’un fondement sérieux.

L’encouragement offert par les politiques publiques à travers les divers programmes « Science et société » doivent leur existence à l’émergence de la « société du risque ». Les changements sociopolitiques apportés par la modernité réflexive et la montée en scène de l’individu émancipé, ont imposé des interrogations inéluctables sur le rôle de la société élargie concernant la technoscience. Cependant, les SHS n’ont pas trouvé leur place dans ce cadre, et craignent systématiquement d’être utilisées comme des faire-valoir sociopolitiques ou des relais d’une planification prédéterminée. Notre contribution porte sur une approche qui contourne cette tension en l’approchant comme une question directe de pouvoir. Toute la bibliographie sur la question peut être lue comme une analyse critique du déséquilibre d’influence entre ces deux domaines du savoir. Ainsi les STEMs déterminent et réalisent le processus concret tandis que les SHS suivent ce processus en l’analysant sans jamais pouvoir orienter ou même modifier, sa dynamique prédéterminée. Nous avons donc entrepris une application empirique innovante à travers le projet PROMETEE (Procédés de valoRisation de la biOmasse norMande par les Energies renouvelables : science participative et sécuriTE des procEdés. Nous avons exploité la volonté claire d’une équipe de l’INSA à participer à cette expérience. Aussi, le périmètre régional du projet nous permet une maîtrise méthodologique indispensable à l’innovation de notre approche.
PROMETEE cherche à atteindre deux objectifs principaux :
1. Etablir un processus par lequel la participation des citoyens gouverne le processus scientifique, dès le début de la recherche en laboratoire.
2. Rendre ce processus de gouvernance reproductible à travers un guide de gouvernance citoyenne de la technoscience.
Nous présenterons lors de notre communication comment nous avons conçu ce processus et en quoi il constitue un paradigme différent dans l’histoire du rapport épistémique entre SHS et STEMs.

Références
Royston S. and Foulds C., 2021, The making of energy evidence: How exclusions of Social Sciences and Humanities are reproduced (and what researchers can do about it), Energy Research & Social Science, Volume 77
Felt U., 2014, Within, Across and Beyond: Reconsidering the Role of Social Sciences and Humanities in Europe, Science as Culture, 23:3, 384-396,
Levidow L., 2014, Introduction to Sac Forum: ‘Embedding Social Sciences?’, Science as Culture,
Busino G., 1992, III. Autour du « lien social », in Busino G., La sociologie sens dessus dessous, (pp. 65-85), Librairie Droz, Genève

Mots clés : Gouvernance participative; science et société.